Le Beaujolais

Pour commencer, parlons histoire…

Au IIe siècle, il y avait déjà de la vigne sur cette partie de la France, l’empire romain en avait la main. Ces derniers évoquent par ailleurs l’Allobrogica, un cépage ancien venant d’un peuple Celtic (les Allobroges), qui avait la grande caractéristique de donner des raisins mûrs avant les gelées.

Suite à des découvertes historiques, on a pu retracer la conduite du vignoble à partir du IXe siècle, marquée par l’empreinte de l’Abbaye de Cluny (fondée en 910) qui possédait des vignes à Morgon et qui étendra son domaine dans cette zone jusqu’à Jully les Buxy (Côte Châlonnaise). L’Abbaye de Cluny a su maintenir et développer le vignoble au fil des siècles…

Mais une décision changea le Beaujolais : celle de Philippe II de Bourgogne dit “le Hardi”. Il tient son nom de la bravoure dont il a fait preuve lors de la bataille de Poitiers en 1356 à tout juste 14 ans. Il devient Duc de Bourgogne et s’intéressa aux vignes et à la qualité de celles-ci, il s’aperçoit que le Gamay, très présent en Bourgogne n’est pas assez qualitatif à son goût par rapport au Pinot Noir, il le qualifie même de “vil et déloyal”. Il décide en 1395, dans un écrit, d’interdire la culture du Gamay sur ses terres. Le Pinot Noir a alors le champ libre pour s’imposer en Bourgogne et repousse par la même occasion le Gamay plus au sud, dans le Beaujolais.

Cette décision a eu une importance capitale sur la suite des événements et sur la disposition actuelle de ces deux vignobles.

Ce n’est pas la seule décision qui a permis au Beaujolais de changer. Deux autres facteurs ont joués dans son expansion. Au XVIIe siècle, la commercialisation entre dans une nouvelle dimension grâce à l’abolition des taxes bourguignonnes. En effet, ces taxes étaient très chères et les viticulteurs ne pouvaient pas payer de telles sommes. Cette route commerciale permettait aux vins du Beaujolais de traverser la Bourgogne pour aller à Paris, la capitale étant déjà une place commerciale très importante.

La deuxième décision est l’ouverture du Canal de Briare en 1642, rendant possible l’acheminement des vins sur la Loire.

Peu de temps après, les vins du Beaujolais arrivent sur Paris et connaissent une ascension fulgurante, portés par des appellations telles que Chénas, Brouilly, Fleurie…

En 1863, la région doit faire face, comme toute la France, à un fléau nommé le Phylloxera. Victor Pulliat, Ampélographe né à Chiroubles, fut l’un des premiers à émettre et expérimenter la solution des porte greffes américains en 1869, les vignes ont pu être replantées.

Aujourd’hui, le vignoble est dans le prolongement de la Bourgogne viticole. Il s’étend sur la bordure orientale du Massif central entre la rivière Saône à l’est et les monts du Beaujolais à l’ouest. D’environ 25 000 hectares dont 95% de Gamay, les 5% restants concernent les beaujolais blanc, avec notamment le chardonnay.

Les Appellations

Juliénas (580 ha) :

Repartie sur 4 communes, cette appellation bénéficie de conditions climatiques idéales pour le cépage gamay. Un sol de type granit et schiste permet d’obtenir des vins nerveux qui peuvent patienter avant d’être bu (jusqu’à 10 ans).

Saint Amour (325 ha) :

Le plus septentrional des crus du Beaujolais, son terroir bénéficie de sols granitiques, argileux, sableux et argilo-sableux. Comme presque toute la région du Beaujolais, on y trouve un climat semi-continental à influences océanique et méditerranéenne. Deux typicités : des vins avec un corps tendre et harmonieux ou alors des vins plus tanniques capables d’attendre 4-5 ans. Commercialement, ils bénéficient de la fête des amoureux du 14 février (la Saint-Valentin), 25% de la production est vendue dans cette période.

Chénas (270 ha) :

C’est le plus petit en superficie des crus du Beaujolais, avec des sols sableux issus du granit. Ses arômes floraux à boisés, sa matière généreuse et sa tendresse en bouche en font un vin très agréable a boire.

Moulin-à-Vent (660 ha) :

Ensuite, nous avons l’appellation Moulin-a-Vent, elle est en étroit lien avec la précédente car Chénas perd en popularité, du fait que les viticulteurs du Chénas peuvent revendiquer l’appellation Moulin-a-Vent, les terroirs étant très proche. Des sols granitique et des conditions optimales donnant des vins de garde charpentés, avec des arômes de fruits murs et d’épices.

Fleurie (870 ha) :

Ce cru grandit sur les collines de la chapelle de la Madone. Des vins harmonieux d’une belle robe carmine… C’est l’élégance cultivée par 150 viticulteurs sur un terroir composé à 90% de granite rose, pour en faire le vin le plus féminin du Beaujolais.

Chiroubles (360 ha) :

C’est le cru du Beaujolais le plus haut en altitude (400m en moyenne), un terroir à 100% granitique donnant des vins avec des arômes de fleurs (violette, muguet, pivoine), de velouté délicat, des tanins légers et une belle rondeur en bouche. Victor Pulliat, qui sauva le vignoble, était un enfant de Chiroubles.

Morgon (1 100 ha) :

Une terre composée de sable et d’argile confère au vin une robe intense, carminée. Ses arômes sont ceux de fruits mûrs à noyaux (cerise, pêche) ; Il a toutes les caractéristiques d’un vin de garde, puissant et charpenté, et se bonifiera avec le temps.

Régnié (400 ha) :

Devenus AOC seulement en 1988, les vins de Régnié bénéficient d’un terroir favorable, déjà courtisé par les négociants à l’époque, composée de sable. D’une belle couleur rubis, un fruité unique (mûres, groseilles), cela nous donne des vins dominés par la finesse de leurs tanins.

Côte de Brouilly (310 ha) :

Située sur la colline du Mont Brouilly, la chapelle Notre Dame aux Raisins veille sur le vignoble, bien installé sur un sol de granit et de schiste. Habillé d’un beau pourpre, aux arômes de raisins frais, au corps équilibré et puissant, ne soyez pas trop pressé d’ouvrir la bouteille, elle peut attendre encore un peu.

Brouilly (1 300 ha) :

Entourant le Mont Brouilly et par la même occasion l’appellation “Côte de Brouilly”, le vignoble s’étend sur un sol riche de 1 300 hectares composé de granit rose, de marnes et de pierres bleues calcaires. Le Brouilly est l’appellation la plus célèbre à l’étranger et en France l’un des vins les plus consommés. Une robe d’un rubis profond, un nez de fruits rouges et une élégance à la française en bouche.

Beaujolais Villages :

On a cité les 10 crus du Beaujolais précédemment mais il y a bien 12 AOC dont celle-ci. Elle encercle les 10 crus et bénéficie de sols granitiques. Son implantation, n’étant pas aussi concentrée, permet aux viticulteurs d’obtenir des vins bien différents. En général, les vins sont tout de même fruités, harmonieux et suaves. Pour la petite histoire, le château de Montmélas positionné au sud de l’appellation a servi à la garnison des Sires de Beaujeu, ces derniers donnant leur nom à la région.

Beaujolais :

Enfin l’AOC Beaujolais, comprenant 72 villages plutôt localisés dans la partie sud de la région, est pourvu de sols argilo-calcaires et argilo-granitiques. Facile à boire, les Beaujolais nous emmène dans un voyage fait de gourmandises avec un fruité intense qui nous ravira lors de nos soirées entre amis ou en famille.

D’où vient la tradition du Beaujolais Nouveau ?

Tous les troisièmes jeudi du mois de novembre, de chaque année, laisse place au Beaujolais Nouveau. C’est l’histoire qui a dicté cette tradition, avant 1951, les vins du Beaujolais ne pouvaient pas être vendus avant le 15 décembre de l’année. Les vignerons s’insurgent, l’Union Viticole du Beaujolais décide d’agir et demande la possibilité de pouvoir vendre les vins avant cette date. Ils obtiennent alors une dérogation permettant de vendre le vin avant le 15 décembre, comme des primeurs, le Beaujolais “nouveau” était né.

A noter que c’est le processus de vinification qui fait toute la différence afin de produire un vin primeur : la macération carbonique. Mais ça, on en parlera dans un prochain article…

En vous souhaitant de futures belles dégustations…

À bientôt